Blog Presse

Face à une pénurie jamais vue, l’intérim se mobilise pour fluidifier l’emploi – Les Echos

Publié le 12 juin par Martine Robert

 

Ce mercredi, Edouard Philippe a confirmé l’instauration prochaine d’un bonus-malus destiné à dissuader les employeurs d’abuser des contrats courts. Ils le font pour minimiser leurs coûts salariaux en faisant financer leurs périodes creuses par  l’assurance-chômage . La cotisation patronale à cette assurance pourrait donc à l’avenir varier (+ ou – 1 %) en fonction du taux de rupture de contrats donnant lieu à une inscription à Pôle Emploi.

L’exécutif estime, par ailleurs, que certaines règles du cumul emploi-chômage n’incitent pas au retour à l’activité à temps plein. Il a dans le collimateur les droits rechargeables : dès lors que l’on a travaillé 150 heures pendant sa période de chômage, on peut prolonger d’autant son indemnisation, en permettant ainsi de garder une activité réduite illimitée. « Cela a été mis en place en 2014 dans le prolongement de la crise. Il faisait suite aux mesures de 2009 visant à mieux protéger les plus vulnérables », rappelle la déléguée générale de la fédération des sociétés d’intérim Prism’emploi, Isabelle Eynaud-Chevalier.

 

Revoir les mécanismes compensatoires

Mais ces dispositifs auraient dû être révisés quand la croissance est repartie en 2015, au risque d’être impopulaire. Les partenaires sociaux n’ont donc pas souhaité les suspendre. « En 2017, le nouveau gouvernement a menacé d’étatiser le système de l’assurance chômage, puis a incité les partenaires sociaux et les branches à négocier mais le résultat n’a pas été jugé satisfaisant »,poursuit la responsable. Et la crise des « gilets jaunes » est venue paralyser toute initiative.

Pourtant les statistiques de l’Unedic montrent que plus d’un million de personnes sont en activité réduite en France, dont la moitié susceptible de cumuler ces revenus avec une allocation-chômage. Le phénomène, qui s’est développé dans les années 2000, explique en partie l’échec du RSA comme vecteur de retour à l’emploi durable. « Ces mécanismes compensatoires, voire l’existence d’une économie souterraine peuvent expliquer qu’un taux de chômage de 9 % soit jugé socialement supportable », juge Isabelle Eynaud-Chevalier.

 

Le statut de micro-entrepreneur sous surveillance

Or l’intérim, qui concerne toujours moins de 4 % de la population active, entend faire valoir ses solutions, comme  le CDI intérimaire , afin de fluidifier le retour à l’emploi. « La France connaît une pénurie majeure en ressources humaines depuis deux ans, la plus importante depuis l’après-guerre », constate la déléguée générale de Prism’emploi. Parallèlement, le chômage structurel touche les non qualifiées. Et ce d’autant plus fortement que les TPE-PME ne forment pas suffisamment, en particulier dès 45-50 ans.

En France, les peu qualifiés pèsent lourd dans la population active (25 % des 25-64 ans) alors que ce sont les plus exposés au travail précaire sans protection sociale. Pour la représentante des entreprises d’intérim, c’est d’autant plus dommageable que « nous avons un modèle d’intérim à la Française assorti de protections, fruit de quarante ans de négociations. »

 

Vide juridique

Isabelle Eynaud-Chevalier s’inquiète de voir les plates-formes numériques de mise en relation, qui échappent à toutes les obligations d’un employeur, faire la loi en profitant d’un vide juridique. « Side, Staffme, Student Pop, Brigade ont levé des fonds importants, c’est la méthode Uber appliquée à la mise à disposition de ressources humaines », regrette-t-elle.

 

 

La mobilisation de Prism’emploi fait néanmoins évoluer les lignes. Ainsi, Side a créé en début d’année une entreprise de travail temporaire en ligne, tandis que des plates-formes de travail temporaire digitales, comme Gojob ou Iziwork, respectent elles les règles de protection des salariés.