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La fièvre du numérique gagne l’intérim

Indicateur avancé du marché du travail, l’intérim reprend du poil de la bête et se diversifie avec de nouveaux services en ligne.

La re­prise éco­no­mique est bien là, on l’aura compris. Elle se lit notamment dans les chiffres de l’in­té­rim. En 2017, l’em­ploi in­té­ri­maire a pro­gressé de 8,5%, ce qui cor­res­pond à 50 000 em­plois en équi­valent temps plein, selon le ba­ro­mètre Prism’em­ploi éla­boré par la pro­fes­sion. Tous les sec­teurs ont été orien­tés à la hausse, no­tam­ment le BTP qui a largement pâti de la crise. Les trans­ports et la lo­gis­tique (+16,2%), quant à eux, ont été par­ti­cu­liè­re­ment dy­na­miques. Alors que de­puis plu­sieurs an­nées, le tra­vail tem­po­raire se dé­ve­loppe chez les plus qua­li­fiés, 2017 confirme la ten­dance : ce sont les cadres et les pro­fes­sions in­ter­mé­diaires qui ont connu la plus forte hausse de l’in­té­rim (+12%). Néan­moins, les in­té­ri­maires res­tent ma­jo­ri­tai­re­ment des ou­vriers non qua­li­fiés (40%) et qua­li­fiés (35%).

Un effet générationnel

Le secteur est en pleine effervescence et de nou­veaux ac­teurs pu­re­ment nu­mé­riques prennent d’assaut ce mar­ché. Le chiffre d’af­faires de l’intérim a bondi de 14,5% en 2017 et selon une récente analyse du cabinet Xerfi, « si les pre­miers ser­vices sont ap­pa­rus en 2015, le mou­ve­ment a vé­ri­ta­ble­ment com­mencé en 2016-2017 ». Pour les experts de Xerfi, le marché de l’intérim digital est un secteur porteur. Plusieurs raisons à cela : la pression sur le budget des entreprises les incitant à réduire leurs coûts de recrutement, la flexibilité croissante du marché du travail ; l’amélioration des technologies qui permet aux entreprises présentes sur le marché de proposer des solutions comme l’intelligence artificielle (IA), les algorithmes de matching ou encore le CV vidéo ; une tendance à la dématérialisation des documents mais aussi un effet générationnel. Pour les spécialistes de Xerfi, « les jeunes générations ont une appétence plus importante pour les nouvelles technologies. Les nouveaux intérimaires sont de plus en plus digital natives ».
L’étude note qu’une quin­zaine de start-up et plu­sieurs ac­teurs tra­di­tion­nels ont lancé leurs ser­vices. Parmi elles, Gojobun pure player de l’interim digital, vient de lever 17 mil­lions d’eu­ros. En au­to­ma­ti­sant les re­le­vés d’heures, de dé­cla­ra­tions préa­lables à l’em­bauche, la fac­tu­ra­tion, mais aussi le re­cru­te­ment, la start-up af­fiche un prix simple : elle pré­lève 10% sur les contrats si­gnés sur sa plate-forme. Tout se fait en ligne, contrat d’in­té­rim, conven­tion de por­tage sa­la­rial, contrat de tra­vail ou contrat de pres­ta­tion.

À la conquête des TPE-PME

Ha­bi­tués à mettre une pe­tite an­nonce, à faire appel à leur car­net d’adresses, voire à ap­pe­ler une agence d’in­té­rim en cas d’ur­gence, les patrons de PME pour qui recruter reste un véritable casse-tête, voient ar­ri­ver ces nou­velles offres de ser­vice avec intérêt.
Mais les ma­jors ne sont pas en reste non plus. Adecco a créé Mon agence en ligne, Man­po­wer a lancé My Man­po­wer, chacune avec la vo­lonté de pré­ser­ver leurs ré­seaux d’agences. Pour ces acteurs traditionnels du marché de l’intérim, il s’agit davantage de di­gi­ta­li­ser le pro­ces­sus que d’un tra­vail exclusive­ment en ligne. D’autres ont dé­ve­loppé des pla­tes-­formes au­to­nomes, nu­mé­ri­sées, sans liens avec l’ac­ti­vité d’agences phy­siques. C’est le cas notamment de Rand­stad qui a créé Rand­stad Di­rect pour viser les TPE-PME. Un seg­ment qui, tra­di­tion­nel­le­ment, a peu re­cours à l’in­té­rim, jugé par­fois trop cher. En 2017, Rand­stadt di­rect a ainsi aidé 500 PME, dont 80% de moins de 10 sa­la­riés, à re­cru­ter 2000 per­sonnes. « Le mé­tier est déjà dé­ma­té­ria­lisé et tout le monde uti­lise des al­go­rithmes pour re­cher­cher les meilleurs can­di­dats », af­firme Phi­lippe Gui­chard, pré­sident du di­rec­toire d’Adéquat, une so­ciété lyon­naise qui frôle le mil­liard d’eu­ros de chiffre d’af­faires. Pour les ex­perts de Xerfi, la plu­part des membres du top 20 n’ont « ab­so­lu­ment pas » l’in­ten­tion de court-cir­cui­ter leur ré­seau phy­sique. Ils es­timent que la di­gi­ta­li­sa­tion peut amé­lio­rer leur offre et per­mettre de conqué­rir de nou­veaux clients comme les PME.

Source : http://www.emploiparlonsnet.pole-emploi.org/conjoncture-marche-du-travail/la-fievre-du-numerique-gagne-linterim