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Le développement agile peut-il s’appliquer à la réforme de l’état ?

J’ai été invité en mai à rejoindre la commission de reflexion sur le projet CPA. La fameux Compte Personnel d’Activité.

Manuel Valls, a confié la direction de cette commission à France Stratégie – qui je le rappelle – est le nouveau nom de baptême du Commissariat au Plan… institution qui dans mon imaginaire s’apparente au Congrès au Plan quiquénal du PCF chinois.

Honnêtement, j’étais initialement très sceptique sur la capacité d’une telle institution à mener un débat qui n’accouche pas d’une souris ou pire, d’une usine à gaz.

Mais je me suis prêté au jeu et tous les 15 jours suis monté à Paris pour assister aux débats de 9h a 13h le mercredi.

Lorsque j’ai franchi le péron de France Stratégie la première fois, et que j’ai vu l’imposante table de travail de Jean Monet (le tout Premier commissaire au Plan), les dorures dans les immenses salles de travail, je me suis doucement installé et conforté dans l’idée que, oui, j’étais tombé dans un traquenard chronophage. Au demeurant tout cela bénévolement.

Dès la première réunion, le débat a été assez animé. Pour faire simple on sentait dans la salle deux courants d’idée se créer. Les pragmatiques-réformateurs et les utopistes-conservateurs.

Le clivage dépasse largement le débat gauche/droite ou vieux/jeunes. Parmi les plus conservateurs figurez vous qu’il y avait cette jeune avocate, membre du Medef qui manifestement n’avais rien compris au débat mais rejetais juste en bloc le CPA sous pretexte que ca allait encore complexifier la vie des patrons. Visiblement, du haut de sa petite étude de province, elle n’avait pas encore compris que l’ère de l’économie du partage arrivait et que le temps de la relation Patron-Employé n’existerait plus d’ici 10 ans. D’ou l’impérieuse nécessité de mettre en place un compte individuel qui suit chacun tout au long de son parcours. Parcours qui demain sera encore plus semé d’experiences divers et variées, alternant stages de formation en France et à l’etranger, période de travail salarié, de travail free-lance, période d’inter-contrat.

Lors de la troisième séance, un gars extraordinaire du gouvernement britannique est venu nous exposer comment en 3 mois, ils ont réussi – en parallèle des débats de clochers et des luttes intestines – à développer une premiere version alpha (trash and dirty) du portail du gouvernement, à la mettre en ligne sans rien dire à personne, puis à tout jeter car vraiment c’était trop pourri, à la rectifier en quelques semaine, à re-tester, puis finalement en mode totalement agile, à dévoiler à leurs bureaucrates la solution, en ligne, simple et efficace alors que ces derniers étaient encore à se disputer le leadership de qui allait écrire les specifications. Brefs, ils avaient tout simplement hacké le système !

Là, je me suis dit, « mince, finalement tu as bien fait de rejoindre cette commission, ca commence à être rigolo »

Et du coup j’ai proposé à la commission de faire pareil : de développer pendant mes heures de sommeil, en parallèle des débats – sans budget donc sans donneur d’ordre – une petite appli qui serait une premiere alpha. L’histoire d’avoir une petite idée de ce à quoi ressemblerait le CPA.

Nous avons présenté ce petit embryon d’appli à des chômeurs, des travailleurs et des patrons. Le retour a été vraiment bon coté travailleurs. Ils en veulent. Surtout pour le coté pratique des points formation. Figurez vous que les deux gars du Medef (pas l’avocate qui était très occupée en confcall au telephone) à qui je l’ai présenté ont trouvé ca génial aussi. « ah mais si c’est ca, en effet, c’est top. Ca sera bien pour nous aussi! »

Une semaine après,  les équipes de Jean Pisani – le patron de France Stratégie – m’invitaient à lui présenter la fameuse appli. Honnêtement, j’hésite à les envoyer un peu paitre. En effet depuis Aix, faire l’aller-retour encore une fois  pour aller faire une démo de 10 minutes.. au boss d’une institution qui à mon gout devrait être hackée par l’intérieur… ca ne me tente pas trop. Finalement je dit OK. Et là.. surprise. Je rencontre un homme totalement en phase avec ce qui se passe dans le monde, avenant, prêt à faire avancer le schmilblik.

Une fois de plus, je me dit.. « mais mince.. en fait plus je navigue à travers la galaxie de l’état, plus je découvre que la majorité des individus même a la tête de l’administration de l’état sont prêts et moteurs du  changement« . Et je dois dire, je me sens assez heureux d’avoir pris la décision de quitter les USA pour rentrer. Car il y a un « je ne sais quoi » qui est en train de se passer dans notre pays.

La semaine suivante, nous remettions le rapport à Manuel Valls. Je l’ai tweeté en live pendant la réunion. Pour poser une pierre fondatrice. Un Milestone. Ce jour là, le premier ministre a reçu l’info. Il sait. Oui, on peut reformer de l’intérieur. Simplement. Le message que je lui ai passé est direct. Ne cherchons pas à créer le CPA parfait. Sinon il ne verra pas le jours avant 2018. Soyons pragmatiques. Agiles. Avançons par étapes. On peut mettre en ligne une première béta en moins de 3 mois. Il suffit peut-etre juste de ne pas l’appeler CPA tout de suite. Et si on se plante, c’est pas grave. On rectifiera le tir, discretement. Et si ca marche, alors nous aurons tous gagné et nous continuerons et bâtirons une vrai réussite.

J’ai juste un petit regret, c’est de ne pas savoir – à l’heure ou j’écris ces lignes – si nous sommes déjà en train de coder. Quand j’ai évoqué l’idée au dirigeants de France Stratégie, certains ont eu un air malicieux, me laissant entendre qu’ils avaient compris le message. J’espère secrètement qu’ils ont trouvé une petite équipe top-confidentielle et que le projet est en branle. Et si je ne suis pas au courant, et bien finalement c’est tant mieux. C’est que la développement agile est au coeur de la réforme. Pas de bruit, mais de l’action efficace.