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Marseille : réfugiés et futurs chefs ! – La Provence

La toute première formation de cuisine à destination des réfugiés s’est déroulée au lycée professionnel Charlotte-Grawitz (13e). Un test qui pourrait être dupliqué au niveau national

Par Laetitia Gentili – publié le vendredi 5 juillet 2019

Hier, les élèves ont reçu leur attestation de compétence professionnelle après trois mois de cours. Fin août, ils commenceront la partie pratique de leur formation au sein de restaurants marseillais. Si la majorité a déjà décroché ce contrat de quatre mois en entreprises (l’un d’entre eux sera au Môle Passedat !), certains cherchent encore.

M’mah, Valentina, Ramzi, Joseph, Mohamed, Lion et leurs camarades ont plus d’un point commun. Déjà, un statut de réfugiés, ce qui sous-entend de sacrés parcours de vie. Mais surtout une motivation à toute épreuve et une envie simple : travailler ! Il y a trois mois, ils ont intégré une formation unique en son genre, au sein du lycée professionnel Charlotte-Grawitz (13e). Destinée aux réfugiés, Mixeaty a pour vocation de les aider à trouver un emploi pérenne. « On a choisi un secteur d’activité qui est en recherche permanente« , précise Sylvain Ferrière, directeur général de Gojob Foundation, pilote du projet avec ses partenaires : Muse Formation, Provence Formation le FAF-TT, Les Apprentis d’Auteuil, le Refugee Food Festival et Pôle emploi. « On va plus loin que le Refugee Food festival qui met en avant l’art culinaire. Avec Mixeaty, on accompagne avec une formation en deux temps : des cours puis un CDD de quatre mois. L’un des stagiaires vient d’en décrocher un chez Passedat au Môle, c’est une immense fierté !« 

Hier, les élèves (nés entre 1976 et 1997) ont reçu leur attestation de compétence professionnelle après trois mois de cours. « On ne leur a pas seulement enseigné la cuisine mais toute la chaîne : plonge, hygiène, production de A à Z, réception des produits…« , précise Mathieu Frigo, l’un des trois profs de la promo avec Stéphane Lamani et Léa Ngambé. Ils ont aussi eu des cours de langue française adaptée au milieu de la gastronomie.

Hier, ce petit temps officiel a aussi été l’occasion de belles accolades entre l’équipe pédagogique, les partenaires et les élèves. « Vous avez choisi la France comme terre d’accueil, alors c’est important d’y trouver votre place« , les a encouragés Gilles Crespin, directeur général de Provence Formation.

Joseph a un don pour la pâtisserie, « orientale »

« La France m’a donné une opportunité. Je connaissais que la cuisine de Cuba, ici c’était tout nouveau pour moi« , lance Valentina, bien décidée a persévéré dans ce milieu. Pour Souhila, d’origine algérienne et Ramzi, tunisien – le seul à avoir une expérience de 18 ans en restauration – ils ont même envie d’enchaîner sur un CAP cuisine. Joseph était horloger pendant trente ans en Syrie. « Lors de son entretien, on lui a demandé si les trajets depuis La Ciotat tous les matins n’allaient le faire abandonner ? Il a répondu, je suis venu à pied de Syrie, je pourrais faire La Ciotat-Marseille tous les jours« , confie son prof. Joseph a un don pour la pâtisserie, « orientale » précise-t-il et il en vend au marché de La Ciotat, en attendant de trouver un job stable.

Avec des parcours comme les leurs pour arriver en France, ils ne pensaient que le problème majeur serait la langue. À l’image de Seamand, kurde et iranien, qui était coach sportif avant d’arriver à Marseille et qui rêve aujourd’hui de « faire un grand cuisinier« , ou Bauhauddin, afghan, qui a travaillé dans des fast-foods avant d’intégrer Mixeaty. Pour Hedait, également afghan, aussi le français a été un frein à l’emploi, mais maintenant il parle de cuisine locale de l’entrée au dessert. M’Mah est ivoirienne et à son arrivée en France, elle ne savait ni lire, ni écrire.

« Leur parcours fait qu’ils ont une très grande motivation »

Son envie d’être cuisinière l’a poussée à chercher des recettes sur internet, puis le soutien de ses profs et de ses nouveaux amis, fait qu’aujourd’hui, elle arrive à remplir les documents de traçabilité des aliments. Un beau parcours. Lion du Sud Soudan, a travaillé comme aide-cuisinier en Égypte « mais la technique là-bas est complètement différente« , raconte ce papa qui aimerait que son enfant le rejoigne un jour. Puis il y a Mohammed, dit Papa, originaire des Comores. Il a passé des années à faire la plonge et parfois donner des coups de main en cuisine. Maintenant il aimerait, comme ses camarades, un peu de stabilité.

Une expérience « gagnant-gagnant » puisque les enseignants aussi ont tiré des bénéfices de cette formation. « Ça nous remet en question, parce que nous avons dû nous adapter… Mais ça a été une vraie récréation !« , sourit Mathieu Frigo. « Leur parcours fait qu’ils ont une très grande motivation« , ajoute sa collègue Léa Mgambé qui se dit déjà « partante » pour une nouvelle session de Mixeaty. Un bilan sera fait prochainement.

Pratique : Vous êtes restaurateurs et intégrer un élève de cette promo en CDD à votre équipe vous intéresse ? Contactez Anthony Piotrowski de Gojob au 06 33 56 53 62.